Numéro 49 - Avril 2026


Éditorial.

Un vent nouveau à Larmor Baden

Le slogan de la liste victorieuse aux dernières élections municipales reflète effectivement une situation nouvelle.

En premier lieu, la liste du maire sortant Denis Bertholom, affilié au parti « Les Républicains » a été battue par la liste nouvelle conduite par Claire Brabec devenue maire sans étiquette.

Cette victoire a été arrachée, en dépit des tentatives du maire sortant de favoriser la liste qu’il parrainait, par exemple en donnant une interview en page nationale du journal Ouest-France (bien complaisant !) la veille du scrutin.

Mais surtout, les priorités ne sont plus les mêmes :

L’équipe du maire sortant avait pour priorité de développer un urbanisme débridé, très peu encadré, dans lequel les groupes immobiliers, recherchant avant tout la rentabilité et le profit, avaient la part belle.

La négociation se déroulait entre la mairie d’une part et les acteurs de la construction d’autre part, sans égard pour la population du village réduite à l’état de simple spectatrice.

Les ravages de cette politique par rapport à la capacité d’accueil du village et à la protection de l’environnement vont malheureusement apparaître peu à peu aux yeux du public :

Le permis de construire Nexity, élaboré sans concertation réelle et qui promet de défigurer le centre bourg en est un exemple : un PC de 96 logements nouveaux dans un village de 900 habitants, sans étude d’impact et alors que la station d’épuration des eaux usées est déjà saturée ...

Un autre exemple de ce parti pris « pro business » de l’ancienne municipalité aura été de ne pas s’opposer à la vente du V.V.F. ( Village Vacances Famille ) à un opérateur immobilier pour un prix dérisoire, alors qu’une préemption aurait permis de développer un projet d’intérêt général, permettant par exemple d’y abriter nombre d’associations et d’activités parmi lesquelles la cata-school.

À la place, nous aurons des appartements hautement rentables pour résidents secondaires ... avec vue sur la mer et sur le port.

La charge sera lourde pour notre nouvelle municipalité qui va donc devoir nécessairement modérer les appétits des opérateurs immobiliers, leur fixer des normes d’intérêt général et les contraindre à respecter l’environnement, y compris avec l’instauration de moratoires ...

Aucun permis nouveau ne pourra en effet être accordé si la capacité de traitement des eaux usées n’est pas assurée comme c’est le cas actuellement.

En second lieu, il y a la fin du feuilleton judiciaire de Berder où le permis de construire un hôtel de luxe avec piscine et parking est définitivement condamné, ainsi que toute possibilité d’urbanisation rampante.

Ce projet reposait en effet sur une triple imposture :

D’abord faire croire aux Larmoriens qu’il s’agissait d’un projet qui leur était destiné, alors qu’il s’agissait de satisfaire une clientèle ultra riche.

Ensuite, faire miroiter une perspective d’emplois locaux alors que ceux-ci auraient été réservés à des marchés spécialisés.

Enfin, dernière imposture, après avoir dit très vite que « l’hôtel ne se ferait pas» , le Groupe Giboire avancait l’idée d’une découpe de l’ensemble immobilier par appartements avec autant de parkings, le tout achevant la confiscation de l’île, son urbanisation et la destruction corrélative de son environnement.

Aujourd’hui, Berder est définitivement protégée comme espace remarquable intégral et aucune extension d’urbanisation n’est possible.

La nouvelle équipe municipale n’aura donc pas à se battre pour empêcher un projet immobilier confiscatoire, mais plutôt pour développer un projet d’intérêt général qui rende aux citoyens de Larmor Baden cet espace magnifique.

Tel est le nouveau défi à relever : obtenir le rétablissement intégral du sentier côtier périphérique, contraindre le préfet à remettre en état le passage submersible afin de permettre un accès sécurisé à tous, contacter le conservatoire du littoral pour l’achat du foncier, trouver des partenaires publics ou privés pour l’entretien des immeubles, la gestion de la forêt, et la création de pôles d’activité...

La nouvelle équipe municipale, débarrassée des a priori idéologiques de la précédente, pourrait bien heureusement nous surprendre.

C’est pourquoi la rédaction du Journal de larmor&Baden lui souhaite plein succès.

La Rédaction.


Berder, et son histoire récente de 2014 à 2026

Berder, c'est une île de 23 hectares et de 1.200 m dans sa plus grande longueur. largement boisée, un manoir du 19eme siècle dans son centre, une tour mauresque, des bâtiments de ferme, 2 pêcheries situées au nord, un passage submersible et trois cales d'accès.

Elle est située dans la commune de Larmor Baden. Son accès est libre à marée basse.

La période Yves Rocher.

Une première bataille juridique a eu lieu contre Yves Rocher et le Maire Beauchesne dans les années 1991 - 1994.

Yves Rocher tentait de déloger l'association Loisir, Vacances et Tourisme (LVT) présente sur l'île depuis 1984, pour y construire une thalassothérapie. Une forte mobilisation d’associations, de vacanciers, de salariés et de personnalités locales a fini par faire annuler ce projet. LVT restera sur l'île jusqu'en 2013. Le maire Beauchesne démissionnera par la suite. Yves Rocher vendra l'île.

Ce fut un des premiers grands épisodes de défense de l’île Berder contre l’urbanisation ou le tourisme haut de gamme.

L'épisode Giboire.

Les acteurs de cette bataille :

Denis Bertholom, maire de Larmor Baden, la municipalité où se trouve Berder, le groupe Giboire et son président Michel Giboire, le nouveau propriétaire, les associations locales de défense de l'environnement, les préfets successifs du Morbihan, l'association Berder Ensemble qui représente 180 adhérents et plus de 3.000 sympathisants.

Le dernier évènement :

Le permis de construire l'hôtel de luxe sur l'île, en lieu et place des bâtiments historiques, a été définitivement annulé. Cet évènement se sera produit après une saga de 10 ans et mains rebondissements juridiques et acharnements de la part de Denis Bertholom et Michel Giboire.

Voir ici et ici les articles de la presse locale.

Aussi, et pour informer nos lecteurs de cette histoire récente, nous allons en retracer les principales étapes.

Le groupe Giboire a acquis l'île Berder en 2016, auprès du Groupe Yves Rocher, ancien propriétaire.

Rappelons que cette vente n'a fait l'objet d'aucune réserve ni de la mairie, ni du département, ni de la région. À l’époque, il se disait que le prix était exagéré pour permettre l'acquisition par un organisme public. On voit aujourd'hui le résultat de cette décision. Finalement, l'île s'est probablement vendue à un prix raisonnable, mais on a préféré laisser un groupe immobilier s'emparer de ce joyau.

La suite des évènements montrera la complicité entre Michel Giboire et Denis Bertholom, assisté de son compère à l'urbanisme, Yannick Favé.

Afin de permettre la construction de l'hôtel de luxe promu par le groupe Giboire, il a fallu d'abord modifier le PLU. L'île étant considérée à l'époque comme un espace remarquable intégral, une petite modification dans l'affectation des terrains sur l'île permettait par la suite de construire le projet. Le nouveau PLU, supporté par la municipalité, a été définitivement approuvé en 2018.

La justice administrative s'est emparée de cette décision et a annulé partiellement le PLU, confirmant la protection de l'île. À partir de cette décision qui sera combattue par Michel Giboire et Denis Bertholom en appel, puis en cassation, le projet d’hôtel de luxe sur l’île Berder, devient impossible.

Malgré cette décision juridictionnelle claire qui empêche toute extension de construction sur l’île Berder, le maire Denis Bertholom et l’entreprise OCDL-Giboire ont poursuivi les procédures visant à faire valider le permis de construire l’hôtel de luxe avec extension d’urbanisation, piscine et parkings.

À ce jour, le permis est définitivement enterré.

Mais ce n'est pas la fin de cette histoire !

Le groupe Giboire a tenté de modifier les deux bâtiments qui se trouvent à l'entrée de l'île.

Il a tenté de transformer le local-atelier situé à l'entrée de l'île en appartements, en plein dans la bande protégée des 100m du rivage, avec l'appui du maire. Pour l'instant, la justice n'a pas définitivement tranché mais il est probable que ce projet soit retoqué.

Il a aussi transformé sans aucune autorisation l'aspect et l'aménagement de la grande pêcherie, située au nord de l'île. Bien que Denis Bertholom ait tenté de faire passer ces aménagements comme autorisés, avec une demande de travaux tardive non refusée, Giboire fait l'objet d'une procédure actuellement sur la bureau du Procureur pour travaux illicites, utilisation d'un espace situé sur le domaine maritime à des fins de résidence secondaire et même pour détournement de biens sociaux au détriment de l'entreprise Giboire. Cet épisode n'est pas encore sur le bureau du juge.

Enfin, et pour terminer, il faut rappeler plusieurs faits à reprocher...

à la société Giboire ... (faits pour lesquels Denis Bertholom n'a pas utilisé son droit de police) :

- détournement du sentier côtier, qui est normalement inaliénable.

En 2020, les associations de protection de l’environnement ont saisi le tribunal judiciaire de vannes en référé. Sans se prononcer sur le fond, le juge des référés judiciaire par ordonnance du 23 juillet 2020 a considéré que le trouble manifestement illicite, n’était pas établi. Il a de ce fait rejeté la requête des associations.

- absence d'entretien des bâtiments, contrairement à l'engagement de Michel Giboire pour sauvegarder ce patrimoine.

- absence d'entretien de la forêt et du sentier côtier normalement à la charge du propriétaire du terrain.

... et à l'ancienne municipalité :

- manque d'entretien du passage entre l'île et le continent,

- manque de moyens de sécurité à ce passage,

- fermetures récurrentes de l'île à la suite de tempêtes qui ont abattu des arbres fragilisés.

Affaires à suivre ...