Pierre Violo et son monde

La tour de Berder s’est donc écroulée et voilà que ça tombe sur la gueule des associations. Il faut dire qu’elle a choisi son heure. Vigie du Golfe depuis près de 140 ans, elle n’en était tout de même pas à quelques semaines près ! Pourquoi ne pas avoir rendu l’âme l’hiver dernier alors que personne ne s’y intéressait et que Guyomard n’avait pas encore foutu le bordel sur la commune de Larmor ? Pourquoi ne pas avoir attendu quelques mois encore que tous se fatiguent de ces débats incessants et qu’elle disparaisse alors dans une relative discrétion ? Mais non, c’est en pleine gloire qu’elle a choisi de s’en aller. Objet de toutes les attentions, égérie des photographes en herbe qui compulsent fiévreusement des clichés sur les fissures qui la lézardaient, elle a choisi de donner sa mort en spectacle et pour héritage des polémiques à n’en plus finir.

On n’aura d’ailleurs pas attendu que la poussière ne retombe avant d’entendre jacter les petits prédicateurs du dimanche, Violo et Guyomard en tête, pas peu fiers aujourd’hui de rappeler, à ceux qui les écoutent encore, leurs incantations prémonitoires. Derrière sa mine faussement offusquée, le "président durable", ne se prive d’ailleurs pas de désigner d’un doigt inquisiteur la responsabilité dans ce désastre de quelques adversaires qu’il aime s’inventer. Tant qu’à faire ! Il ne viendrait pas à l’idée au petit propriétaire d’un pavillon de banlieue d’imputer à quiconque l’effondrement de son logis mais sur une île de 23ha tenue par le grand magnat du béton armé, si un édifice connaît le sort inéluctable qui lui était réservé par manque d’entretien, c’est évidemment la faute des autres. Et le "président durable" « larmorien depuis des décennies » d’appuyer tragiquement son propos d’une dimension patrimoniale, convoquant doctement à ses côtés le Conte Dillon et la Duchesse d’Uzès dont il ne connait strictement rien si ce n’est peut-être pour avoir péniblement déchiffré trois lignes sur l’histoire de la commune avant de s’adresser à la presse.

Sauf que le « patrimoine de la commune », M. Giboire s’en moque autant que son nouvel affidé. Le promoteur se saisit peut-être de ce terme comme d’un élément de langage de sa communication mais le patrimoine ce n’est pas son affaire. Il n’aura pas mis un centime dans la préservation de ces bâtiments sans avoir la certitude d’un retour sur investissement. De Yves Rocher à Michel Giboire, l’effondrement de cette tour, c’est l’aboutissement de 30 ans de convoitise essentiellement mercantile sur cette île, 30 ans de négligence que quelques opportunistes trouvent encore matière à défendre. Que l’on soit "larmorien depuis des décennies" ou pas, ou qu’on ne le soit pas du tout, tous les amoureux de Berder se désolent du triste spectacle offert par cette tour avec laquelle ils entretenaient un rapport affectif. Mais il faut bien comprendre que le seul rapport affectif que M. Giboire puisse entretenir c’est avec l’argent. Et le peu qu’il a d’ailleurs investi dans cette île fut destiné à réhabiliter les bâtiments de la Pêcherie pour en faire illégalement sa résidence privée. Le reste n’est qu’une hypothétique machine à fric et tant qu’on ne peut en faire, on s’en désintéresse.

Tout cela, le "président durable" le sait pertinemment mais il s’en moque. Dans son monde, le cynisme est une valeur qui se cultive. Dans son monde il importe surtout de s’afficher aux côtés des puissants pour se sentir exister. « Nous avions rendez-vous avec Michel Giboire à Rennes » nous fait-il savoir sobrement sur actu.fr. « Notre association compte des chefs d’entreprise et d’anciens chefs d’entreprise » lance-t-il encore dans le Télégramme. Sans oublier le très comique « nous avons permis de renouer le dialogue entre Michel Giboire et le Maire de Larmor ». Vieux réflexe de classe d’un illustre entrepreneur qui n’entend pas sombrer dans l’anonymat de sa retraite larmorienne. A ce petit jeu-là, il en est un qui s’est pris un sacré retour de manivelle en pleine gueule c’est Christophe Guyomard. Le petit parvenu pensait avoir emprunté l’ascenseur social en défendant les intérêts de son mentor. Salivant devant sa réussite il espérait bien s’affranchir de sa triste condition, reléguer sa frustration aux oubliettes et se faire une place au chaud dans les petits cercles de la bourgeoisie en reconnaissance des efforts consentis. Mais si les puissants s’amusent de ce genre de pitres et savent les instrumentaliser tant qu’ils y trouvent un intérêt, ils ne manquent jamais de renvoyer ces courtisans dans leurs pénates dès lors qu’ils les encombrent. C’est qu’on ne transgresse pas ainsi l’ordre social !

Reste que derrière ces intrigues de cour qui font le bonheur du propriétaire de Beder, l’effondrement de cette tour n’est pas non plus pour lui déplaire. Sans doute eu-t-il préféré qu’il n’en reste rien, il aurait alors pu reconstruire un bâtiment à sa convenance dans les standards de l’hôtellerie de luxe auquel ce vieil édifice ne se prêtait pas. Mais puisqu’elle reste encore sur pied, le voilà contraint de la reconstruire à l’identique. Quelle poisse ! Le "président durable" nous garantit par voie de presse que son maître procèdera aux travaux de consolidation nécessaires. Il n’est pourtant pas du genre à se laisser dicter sa conduite par quiconque.  En revanche, il délègue facilement à ses relais larmoriens la responsabilité de s’engager à sa place. Le "président durable" obtempère docilement, il n’a pas d’autres choix s’il veut rester à la droite du Père et connaître meilleur sort que celui de son prédécesseur à la cour. Pour l’heure, Il ne se prive pas de lui mettre encore un peu plus la tête sous l’eau revendiquant sur le site de son association 350 adhérents, soit  « bien plus que les signataires d’un certain collectif ». Prends ça dans les dents Guyomard ! Pour le coup on compatit; ce monde est vraiment impitoyable !